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j'aurais rien contre un tagine au dîner

  • Où je parle Hammam hein

    809c86d2950aa866213aaeb5e70145cf.jpgVous êtes sûrement sans savoir que dans exactement neuf jours, votre serviteuse passera vertement le cap de la trentaine.

    C'est donc en toute dignité qu'elle se prépare à affronter la chose grâce à une batterie sans précédent de soins apaisants, tonifiants et d'autres choses qui se terminent en fiant, mais pas toujours. Parce que terminer en fiant, c'est pas fuper glamour.

    MAIS, dans l'éventualité d'un échec de son opération "rester zen pour mes 30 ans", elle prépare également quelques réponses bien senties de sous les aisselles à destinations des gens bien intentionnés qui te demandent à chaque mariage "c'est quand pour toi ?".

    Vengeance de la trentenaire à l'enterrement de mémé Gastonne "Alors tonton, c'est quand pour toi ?"

    Autre exemple :

    le médecin : vous avez quel âge ?

    Moi : 30 ans

    Le médecin : des enfants ?

    Moi : non

    Le médecin (air incrédule) : A 30 ans vous n'avez pas d'enfants ?

    Moi (air conditionné) : Non, et vous, vous avez des rhumatismes ?

    Bref, donc si je peux éviter de mettre en colère la divine engeance, c'est pas comme si j'avais un peu de temps pour réparer mon karma maintenant, y'a comme qui dirait urgence.

    C'est pourquoi je me suis rendue hier soir au Hammam Les Cent Ciels à Boulogne pour y recevoir un gommage au savon noir à l'eucalyptus et son gant "Kessa", généreusement offert à mon dernier anniversaire par une soeur perspicace.

    Et donc je vous raconte.

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    Avec tous mes respects pour le fondateur qui a quand même crée
    le premier hammam-calembour de l'histoire

    Etape 1 : l'arrivée

    Je franchis une porte avec une poignée un peu de la taille de David Douillet, et je me rends d'un pas hésitant tout en haut des escaliers où je tente de dissimuler mon essouflement en parlant très doucement comme si je respectais le silence oriental (bien connu de la tunisienne que je suis).

    A l'accueil, une brunette très jolie me donne une clé et la direction des vestiaires (un des derniers zeugma de ma vingtaine ça se respecte).

    Etape 2 : la présentation

    La brunette, qui ferait une excellente agent immobilier me guide à travers la maison en m'en faisant découvrir les chambres (salle de repos où en fait on se repose pas tellement, salle de sommeil où si tu dors pas, c'est que t'es mort, normalement) puis m'indique la piscine, petit carré d'eau bleue sur laquelle flotte les remugles gras des précédents clientes crémées comme des biscottes.

    Après la piscine, le sauna, puis à droite le hammam tiède et à gauche du hammam tiède, le hammam chaud puis à droite du hammam chaud après le hammam tiède, le vestiaire ou tu déposes ton peignoir avant d'aller à la piscine. Après si vous voulez rester prendre un thé à la menthe ou dîner en notre compagnie vous avez un repas oriental. Alors c'est piscine et sauna jusqu'à 19h, mais attention avec le sauna, c'est entre 50 et 70° donc c'est vraiment 5 minutes histoire de sécher et en plus à partir de 19h tu vas au hammam et à 19h15 tu te mets la crème dans le petit pot noir pour qu'à 19h30 une masseuse vienne te chercher. Quel petit pot noir ? celui-là. Oh ! Un petit pot noir ... Le tout débité comme un 33 tour dans un lecteur de 45 tour.

    Etape 3 : l'erreur

    Pendant que la petite brunette se la donne en haut débit, je tourne la tête histoire d'entrapercevoir une des portes en question, parce que je sais pas, ça me gène toujours un peu de tenter le bain de vapeur dans le placard à balais. Le temps que je repère les toilettes (prochaine étape) et pouffff no more brunette.

    Etape 4 : le plouf plouf

    Me voila en train de barboter au milieu de la piscine pas trop chaude, pas trop froide, juste ce qu'il faut. Un peu de sauna, mais alors juste 5 minutes pour sécher hein, me dis-je étonnée d'avoir retenu cela. Puis à 19h je me rendrai au hammam tiède 15 minutes avant de me passer la crème dans le petit pot noir, me mis-je à penser, tout en commençant sérieusement à croire aux vertus du subliminal.

    Etape 5 : le hammam

    Le hammam tiède est très beau, très grand, très tiède aussi. Décor à l'oriental, quelques jeunes femmes sont déjà en train de papoter autour de ... autour de rien du tout, elles sont justes assises. L'ambiance rappelle un peu certaines scènes de séries télé, avec beaucoup moins de vapeur.

    A ce moment là, il est environ 19h02 et je commence à m'ennuyer. L'idée de m'incruster dans une conversation me passe aussi vite que me reviennent les tarifs du lieu et le fait que nous sommes à Boulogne. Que des pouffiasses riches, me dis-je enflée de préjugés, avant de regretter un peu. Ce que je ne fais plus du tout quand j'aperçois une des pouffiasses riches lorgner sur mon ventre avant de pincer le mini-bourrelet du sien avec une grimace. Pouffiasse riche et mince. On a surement rien à se dire de toute façon.

    A 19h05 je comme,ce sérieusement à me demander si je suis censée me détendre ou me manger tous les ongles, lorsque je vois deux pouffiasses riches et minces enduites d'une substance verte gluantes qui fait splach splach lorsqu'elles s'assoient. Je regarde mon petit pot noir avec effroi en essayant vainement de prendre la même pose que maxi poufiasse super gaulée qui, assise seule au fond de la salle, pourrait ouvrir une école de "pose qui fait très relaxation". Sauf que sur moi ça donne à peu près "j'ai envie de faire caca mais faites comme si j'étais pas là et je vous promets de pas péter".

    19h15 : l'heure est venue. J'ouvre le petit pot, qui en fait est transparent et commence à sortir la substance noirâtre qui fleure bon l'eucalyptus. C'est doux et ne laisse aucune trace sur la peau. Juste un film un peu gras et tout brillant qui fait passer mes jambes pour des barres de lap dance.

    C'est doux et je commence à sentir les effets du hammam, ma peau est moite. Je passe le quart d'heure suivant à m'oindre généreusement tout le corps de la substance. Et quand je dis tout le corps, c'est tout le corps. Je vous laisse donc rêvasser un instant au spectacle de moi en train de me caresser le dessous des nénés et m'en vais vous raconter la suite.

    Etape 6 : le gommage

    Une femme sort d'une salle et crie "Fanny !". Je tente d'être discrète lorsque mon derrière touche le sol au moment où je tombe. Et me dirige vers la salle en souriant comme pour dire "m'en fous, c'est l'heure de MON massage, pas le tien".

    Sauf que.

    Car il y a un sauf que.

    Sauf que c'était pas un massage, mais un gommage. C'est un peu comme un massage finalement, sauf qu'à la place d'un gentil masseur aux mains douces, tu prends des orties et un officier de la Wehrmacht. L'officier me demande de m'allonger sur le ventre, non sans s'inquiéter de la taille de mon ventre. "Vous êtes sûre que vous pouvez vous allonger sur le ventre ?". Ca fait trois fois ventre dans la même phrase et en plus de m'énerver ça me donne faim.

    Donc je m'allonge sur le ventre. Parce que ça peut paraître incroyable mais je peux le faire.

    Et là, commence une scène qui aurait du servir d'exemple à tous les services secrets en mal de techniques de torture. Le tout en me racontant par le menu la vie des pores de sa peau, pendant que moi j'avouai tous les meurtres non élucidés sur les 20 dernières années en regardant vers la porte qui s'ouvrant de manière régulière devant une autre masseuse en quête de salle (et probablement un peu vicelarde parce qu'elle ouvrait la porte en assez grand pour que tout le hammam puisse profiter du spectacle).

    Vers la fin, il devait me rester une demi-couche de peau mais d'une douceur les mecs...

    Après quoi la teutonne enragée me dit de prendre une douche et de continuer à profiter des bienfaits du hammam avant d'aller me reposer en salle de sommeil.

    Je la remercie non sans lui demander son prénom histoire de lui faire croire qu'elle aura un pourboire, parce que moi aussi je peux être très méchante.

    Etape 7 : La relaxation

    Sure les conseils de ma furie du gant de crin, je retourne à la piscine et vais m'allonger dans le sauna en espérant me détendre. Mais il fait de moins en moins chaud et soudain, je me rends compte que je n'ai pas été au hammam chaud, qui selon mes souvenirs, devait se trouver à gauche du hammam tiède en entrant. Ma parole, elle m'a refilé les infos par intraveineuse ou quoi ?

    J'hésite. La flemme, assortie d'un sens aigu de la bêtise, me fait penser que j'ai du me tromper et que le hammam chaud doit n'être autre que le côté le plus chaud du hammam tiède. Par acquis de consicence, assorti d'une connaissance des prix de la chose et donc, du fait que je suis pas prête de remettre les pieds dans l'endroit, je retourne au hammam.

    Et là je vois une porte avec écrit dessus (vous allez pas me croire, hein) : Hammam chaud.

    Samèremimolette, j'avais donc raison. Ou pas. je sais plus.

    J'entre donc dans l'antre de la détente qui n'est pas celle de la respiration. Je passe une porte puis une deuxième, derrière laquelle on ne distingue même pas ses pieds.

    Il y a des gens, mais je ne les vois pas. Je pose doucement ma serviette à l'endroit où j'espère poser ensuite mon honorable derche, et m'allonge, persuadée de battre les records de rapidité tellement j'étouffe.

    Mais à la surprise de ma claustrophobie, pas du tout, il faut juste respirer à fond, se détendre et lacher tous ses muscles. Rapidement, on s'habitue à la chaleur, à la vapeur, la sensation est douce et chaude et c'est très agréable.

    Un quart d'heure et une douche chaude plus tard, je me rends dans la salle de sommeil pour voir comment c'est et prendre le temps de sécher au calme. Lequel calme a du durer suffisamment longtemps pour rêver d'un petit chat qui se transformait en enfant avant de me faire des reproches parce que j'étais une mauvaise mère ...

    Enfin

    Après un bref passage au vestiaire, je suis sortie de là avec une véritable sensation de flottement, l'impression d'avoir perdu le contact avec le monde, une paire de tongs planquées au fond de mon sac et la certitude de ne pouvoir me rendre dans un bel endroit sans me tirer avec les chaussures (cf Le Meridien).

    C'était vraiment bien.